Police végane, arrêtez cet homme

Préférons la tactique du gendarme à la police végane.
[Ce texte est une traduction libre et adaptée de l’article Vegan Police publié sur le site http://www.vegan.com.]

Si la condition et la souffrance des animaux en élevage vous préoccupent, il y a deux problèmes sur lesquels vous pouvez vous focaliser, au choix : le gros ou le minuscule.

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Le gros problème, c’est évidemment que chaque année, plus de 50 milliards d’animaux sont abattus pour l’alimentation humaine dans le monde. Le minuscule problème, c’est qu’il existe des personnes qui ne sont pas à 100 % véganes mais qui se prétendent quand même véganes. La Police végane préfère s’attaquer à ce problème, et consacre son énergie limitée à déterminer qui est oui ou non en droit de revendiquer son étiquette végane.

Si on veut chercher la petite bête (la Police végane adore faire ça), personne n’est vraiment végane. Vous avez déjà conduit une voiture ? Des produits à base d’animaux ont certainement été utilisés pour sa fabrication. Vous portez des lentilles de contact ? A un moment, elles ont été testées sur des animaux. Quand vous marchez en rue, est-ce que vous balayez devant vous comme les jaïns pour ne pas écraser d’insectes ? Bref, vous voyez où je veux en venir.

Irrémédiablement, chacun doit tracer sa frontière arbitraire. La Police végane, elle, va toujours la tracer juste en dessous d’elle, pour pouvoir exclure le plus de personnes possible. Le résultat finit évidemment par ressembler à un petit club végane élitiste au possible, où la pureté importe plus que la cause en elle-même.

Au bout du compte, le plus difficile dans ce cheminement du véganisme est peut-être d’être confronté(e) à la Police végane, qui fera votre procès pour telle ou telle transgression. Mais il y a une bonne réponse à cela : le pragmatisme. Plutôt que consacrer toute son énergie à une quête de perfection, est-ce que ce ne serait pas une meilleure idée d’essayer de maximiser son impact pour les animaux ? En gardant toujours en tête l’objectif central – épargner aux animaux une vie de misère et la mort –, l’idée est d’utiliser son alimentation et sa communication pour inspirer le plus grand changement possible.

Une manière d’y parvenir est d’abandonner sa recherche de perfection et d’aller plus loin que son propre mode de vie, pour épargner le plus possible d’animaux. Parce que si c’est d’eux que l’on se soucie, le plus important est de générer des résultats concrets et à grande échelle. Sur toute une vie, un militant investi peut très bien sauver plus d’un million d’animaux de l’abattoir.

Pour atteindre cet objectif ambitieux, il peut être utile de lire les ouvrages (qui sont principalement en anglais) signés par des militants qui visent avant tout l’efficacité : Ethics Into Action, The Accidental Activist, et Meat Market. Je cite aussi Change of Heart, un essai de Nick Cooney qui a tout d’un manuel plein d’enseignements pour les personnes qui souhaitent avoir le plus d’impact possible pour les animaux à travers leurs actions.

Qu’est-ce que ça peut faire ?

D’accord, la Police végane est du genre ennuyante et centrée sur elle-même, mais est-ce qu’elle fait vraiment du tort à la cause des animaux. Je pense que c’est résolument le cas.

Dans la logique végane, il est utile d’encourager les personnes à mettre de côté les produits animaux, même si à ce stade, elles ne comptent pas du tout manger végétalien définitivement et à 100 %. Je prends l’exemple du livre VB6 (Vegan Before 6, ou «Végétalien avant 18h »), signé par Mark Bittman, un célèbre critique culinaire américain. Ce livre a été lu par des dizaines de milliers de personnes. Pour la plupart des lecteurs, ne pas manger de produits animaux chaque jour jusqu’à 18h a eu pour effet de réduire au moins de moitié leur consommation de viande, lait et œufs. L’impact est évidemment énorme. Mais au lieu d’encourager ce changement, la Police végane condamnerait probablement la démarche par une phrase peu constructive du style : « On ne peut pas dire qu’on est végane si on mange des produits d’origine animale. »

Même chose pour les personnes qui chaque semaine mangent végétalien à l’occasion du Jeudi Veggie, ou qui participent à Veganuary, cette initiative qui nous invite à essayer le végétalisme pendant le mois de janvier. Ou plus largement qui diminuent consciemment leur consommation de produits animaux. Par sa politique et communication élitistes qui donnent un air sectaire au mouvement, la Police végane verse un seau d’eau glacée sur la tête de ces personnes. Parce qu’elles se dirigent dans la bonne direction, ce sont celles qui, pourtant, devraient recevoir le plus d’encouragements. La Police végane renforce l’image d’un mouvement renfermé sur lui-même dont souffre souvent le véganisme, plutôt que de travailler à son ouverture au plus grand nombre, en vue de mettre un terme à la souffrance des animaux en élevage.

En adoptant une attitude de Police végane, je pense donc que certains militants freinent la diffusion du véganisme. Heureusement, le mouvement peut compter sur le sérieux coup d’accélérateur donné par le nombre grandissant de militants qui, à l’aide d’une réflexion stratégique et centrée sur les résultats, travaillent à sauver le plus grand nombre d’animaux.

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6 réflexions sur “Police végane, arrêtez cet homme

  1. « Le gros problème, c’est évidemment que chaque année, plus de 50 milliards d’animaux sont abattus pour l’alimentation humaine dans le monde. Le minuscule problème, c’est qu’il existe des personnes qui ne sont pas à 100 % véganes mais qui se prétendent quand même véganes. La Police végane préfère s’attaquer à ce problème, et consacre son énergie limitée à déterminer qui est oui ou non en droit de revendiquer son étiquette végane. »

    Excellent !

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  2. La police végane, en fait ce sont beaucoup d’abolitionnistes non réformistes, diront que toutes ces démarches (Veganuary etc.) peuvent avoir un effet à court terme mais retardent la libération animale sur le long terme. Ce n’est pas mon avis mais je reconnais qu’on nage tous un peu dans le flou à ce niveau (pas de chiffres ni d’études sur l’efficacité de telle ou telle approche). La radicalité « véhémente » et l’intransigeance ont d’ailleurs pu jouer un rôle dans certaines luttes sociales, comme symbole fort. Toutefois dans le cas du véganisme, on s’attaque à un monstre énorme (le carnisme), présent partout et ancré si durablement qu’à mon sens les approches multiples (tendre la main aux omnivores, chercher à montrer la « normalité » du véganisme – et dans le même temps occuper les chaînes d’abattage comme le fait 269Life où marcher pour la fermeture des abattoirs) sont toutes utiles. Les différentes approches peuvent faire sens chez certaines personnes et pas d’autres.

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  3. Cher Brocoli 🙂
    N’ayant pas trouvé de rubrique contact ou de page facebook pour te contacter, je t’informe ici que je t’ai nominé pour les liebster awards. Voici le lien: http://www.la-carotte-masquee.com/liebster-awards-2017-apres-hesitation-parlons-parlons-bien/
    Fais moi signe si jamais tu décides de participer ! Dans tous les cas, j’espère que cela pourra permettre à certain.e.s lecteurs de mon blog de découvrir le tien.
    (je commente sur cet article en particulier que j’avais adoré!)

    Au plaisir de te lire!

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    1. Chère Carotte 🙂

      Un grand merci pour la proposition mais je ne suis pas sûr de vouloir m’embarquer dans cette aventure. Grâce à ton commentaire, j’ai néanmoins pu découvrir ton excellent blog ; merci pour cela également !

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